​À propos

1903

Le 20 février, naissance d'Ella Maillart à Genève. Son père, homme large d'esprit et très au courant des affaires du monde, est commerçant en fourrures. Sa mère, une Danoise indépendante et sportive, l'emmène chaque dimanche à la montagne pour faire du ski, ce qui passe à cette époque pour une excentricité d'Anglais. Dès l'enfance, Ella se passionne pour la lecture de livres d'aventures et les cartes géographiques.

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1913

Ses parents s'installent au bord du Léman, au Creux-de-Genthod, à 7 km de Genève. Ella découvre le lac et Hermine de Saussure, « Miette », fille d'un officier de marine français. La neige en hiver, l'eau en été, la lecture toute l'année vont en faire des amies inséparables. « Miette était toujours vêtue d'une blouse marine et d'une jupe plissée en coutil rayé. Des cheveux courts de couleur châtain avec une mèche plus claire devant, de rayonnants yeux gris, un franc et fin sourire : il y avait une lumière sur son visage. Plus tard, en lisant Homère, je voyais Pallas Athéna sous de traits semblables à ceux de Miette. » Ella Maillart a pour surnom « Kini ». De santé délicate, elle entreprend de se soigner en faisant du sport.

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1916 - 1921

Ella pratique intensément le ski. Avec Miette, sur ce lac aux airs difficiles, elle apprend à barrer des voiliers de plus en plus lestés. Elles gagnent des régates, à 13 ans. Ella en a seize quand elle fonde le premier club féminin de hockey sur terre en Suisse romande, le Champel Hockey Club. Miette et Kini ont horreur de la guerre qui a ravagé une Europe qu'elles jugent « égoïste et décadente ». Elles dévorent un livre par jour et rêvent de partir, loin.

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1922 - 1923

Miette achète la Perlette, un cotre de sept mètres de long, au constructeur d'avions Louis Breguet, et les voilà parties. Elles font seules, et sans moteur, la traversée pour la Corse. A Cannes on leur fait fête – elles ont à peine 20 ans. Elles se lient avec Alain Gerbault qui peaufine son Firecrest avant sa première traversée de l'Atlantique en solitaire.

C'est à quatre, quatre filles, qu'elles embarquent à bord d'un vieux yawl de 14 tonnes, le Bonita, pour la Corse, la Sardaigne, la Sicile, puis, suivant les traces d'Ulysse, les îles ioniennes et Ithaque. Enfin, sur un thonier qu'elles ont gréé, le yawl Atalante, elles tentent de rééditer l'exploit d'Alain Gerbault. Mais à une semaine des côtes bretonnes, Miette, qui est à la fois l'armateur et le capitaine, tombe malade et abandonne l'aventure. Plus tard, elle se marie avec l'archéologue français Henri Seyrig: de leur union naîtra la future actrice Delphine Seyrig.

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1924

Sur l'Atlantique, Ella Maillart remplit encore quelques « contrats » comme matelot sur des yachts anglais, dont le Volunteer, une grande barge de la Tamise à fond plat, transformée en yacht. Elle barre pour la Suisse aux régates olympiques de 1924. Seule femme de la compétition, elle s'y classe neuvième sur 17 participants dans la catégorie Voile en solitaire. Mais le départ de Miette met fin à son rêve de vivre en mer. Plus tard, elle fera le récit de son époque de « vagabonde à la voile » dans son livre La vagabonde des mers (1942).

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1925 - 1934

Quelque peu désemparée, Ella va exercer différents métiers : dactylo, voyageur de commerce, modèle du sculpteur Raymond Delamare à Paris, actrice au Studio d'art dramatique à Genève. Elle écrit:  « Excepté quand j'étais en mer ou quand je faisais du ski, je me sentais perdue, je ne vivais qu'a moitié. Tout ce que je voyais, tous ce que je lisais, me déprimait. La 'dernière des guerres'  avait amené à sa suite des compromis, des idéaux artificiels et des palabres qui n'arrivaient pas à établir une paix véritable. Le malaise croissant et l'insécurité semblaient confirmer ce que Spengler avait appelé le déclin de l'Occident ».

Ella fut encore professeur de français aux Pays de Galles, doublure sportive dans les films de montagne de la UFA à Berlin, et actrice dans un film de ski tourné à Mürren (1929). En ce temps-là, elle dirige, en 1931 et 1932, l'équipe féminine suisse de hockey sur terre. Et, membre de l'équipe suisse de ski, elle défend, pendant quatre ans, les couleurs de la Suisse aux championnats du monde de ski : à Mürren en 1931, à Cortina d'Ampezzo (1932), à Innsbruck (1933) et à St. Moritz (1934). Elle écrira plus tard dans son récit autobiographique Croisières et caravanes : « Si je n'ai jusqu'ici, dans ma vie, jamais rien fait d'une façon suivie, je crois bien qu'il faut en accuser le ski. Aussitôt l'hiver venu, le souvenir de skis lancés sur la neige fraîche me remplissait d'un désir si lancinant que – où que je fusse – à Berlin, à Paris, où même à bord de la Perlette – j'interrompais ce que je faisais, ou je cessais de me tracasser au sujet de ce que j'aurais dû faire, et je filais vers les hauteurs. Tous les dimanches, à Genève, je me levais à quatre heures du matin pour attraper le train spécial, réservé aux skieurs. Comment ne pas s'évader des plaines quand on sait qu'au-dessus du brouillard tenace un radieux soleil attend ses adorateurs ? »

A Berlin, en 1929, la rencontre avec des émigrés russes lui donne l'idée de faire des reportages, l'un sur la jeunesse russe, un autre sur le cinéma soviétique. La veuve de Jack London l'aide financièrement à partir pour Moscou – le sort en est jeté. 

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1930

A Moscou, la comtesse Tolstoï l'héberge dans son appartement. Elle rencontre le cinéaste Poudovkine et rêve sur les images de Tempête en Asie, qui lui donnent un avant-goût de cet Orient qui bientôt deviendra sa vie. Avec un groupe d'étudiants, elle découvre le Caucase et la vallée perdue de Svanéthie et rentre par la mer Noire et la Crimée. A Paris, l'éditeur Charles Fasquelle lui commande Parmi la jeunesse russe qui va faire scandale à Genève et lui valoir son premier chèque, 6000 francs, en même temps que les affres de l'écrivain. Elle écrira toujours un peu par contrainte : « On n'arrive pas à exprimer les choses les plus importantes et qui demeurent insaisissables. » Mais, c'est le seul moyen pour elle de conquérir la liberté du voyage.

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1932

Avec deux couples rencontrés à Moscou, elle se rend au Turkestan russe, gagne la chaîne du T'ien Shan (monts Célestes), découvre les Kirghizes, les Kazakhs, les Ouzbeks. Elle grimpe une montagne de 5000 m mais, surtout, elle voit miroiter, à l'est, les étendues jaunes et poudreuses du Takla Makan. Ce désert est un blanc sur la carte, en Chine interdite, et elle se promet de revenir un jour. Son énorme sac sur le dos, elle regagne seule l'Europe par les Républiques du sud encore agitées par les séquelles des soulèvements musulmans que l'armée soviétique a noyés dans le sang. Elle voyage sans permis, en évitant les points de passage dangereux. C'est une performance, un véritable scoop, que tout le monde salue quand elle arrive à Paris, avec ses films et ses carnets de notes. Elle publie Des monts Célestes aux sables Rouges, aussitôt traduit en anglais sous le titre Turkestan Solo

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1934 - 1935

Le journal Le Petit Parisien, spécialisé dans le grand reportage, envoie Ella Maillart en Chine pour faire une enquête sur la Mandchourie, occupée par les Japonais. Elle y retrouve Peter Fleming, brillant journaliste du Times, qu'elle avait connu à Londres en 1934. A Pékin, elle rencontre le Père Teilhard de Chardin. Elle s'intéresse au Turkestan chinois, région interdite : personne ne sait exactement ce qui s'y passe depuis quatre ans. Elle décide alors d'y aller voir et de gagner l'Inde par le Sinkiang et le Karakoram. L'explorateur Sven Hedin lui conseille de passer par le nord du Tibet et le Tsaïdam. L'itinéraire y est si malaisé que le gouvernement chinois n'a pas songé à l’interdire. C'est la route qu'elle va emprunter avec Peter Fleming. En février 1935, ils quittent Pékin pour la Chine intérieure, munis de permis pour la région du Koukou Nor. De là, pour éviter les contrôles militaires et l'autorité des gouverneurs, ils vont se lancer dans «l'inconnu démesuré». Après avoir traversé les hautes terres du Tsaïdam, d'une extrême pauvreté et au climat violent, ils entreront au Sinkiang et rejoindront, par la route de la soie, le Pamir. Sept mois après avoir quitté Pékin, ils arrivent à Srinagar au Cachemire, au terme d'un raid stupéfiant à travers une des régions les plus secrètes du globe. En la revoyant à son retour à Paris, Paul Morand écrit :  « Celle que je veux dire, c'est une femme bottée de mouton, gantée de moufles, le teint cuit par l'altitude ou le vent du désert, qui explore des régions inaccessibles avec des Chinois, des Tibétains, des Russes, des Anglais dont elle reprise les chaussettes, panse les plaies, et avec lesquels elle dort en pleine innocence sous les étoiles… Et cette femme, c'est Ella Maillart. »

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1936

Au Liban, elle écrit Oasis interdites, livre qui retrace son périple et qui connaît un grand succès. Elle a désormais les moyens de voyager dans ce continent qui la fascine et d'en explorer tous les secrets. Peter Fleming publie son récit de leur voyage en 1936 : News from Tartary. 

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1937

Ella continue de voyager pour le compte du Petit Parisien jusqu'en 1939 : La Turquie et l'Inde, à travers l'Iran et l'Afghanistan, en camion et en autobus, recueillant, chemin faisant, des notes pour un reportage sur les progrès réalisés dans ces pays. Elle donne des conférences dans plusieurs pays d'Europe. 

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1939

La voie cruelle : Un étonnant voyage, en Ford, avec cette amie qu'elle appelle Christina (de son vrai nom Annemarie Schwarzenbach, journaliste, romancière, jeune femme fragile et révoltée, morphinomane). C'est la vaine tentative de la libérer de la drogue, dans les pays qu'elle a traversés deux ans plus tôt. « Quelques détails concernant le tourment moral dans lequel vivait Christina me firent comprendre que la faim ou la pauvreté peuvent être moins terribles que certaines angoisses de l'esprit. »

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1939 - 1945

Ella Maillart passe les années de la deuxième guerre mondiale en Inde, vivant difficilement de ses droits d'auteur. Elle s'installe à Tirùvannàmalai, au sud de Madras, auprès de Ramana Maharishi, un sage « libéré vivant » comme on dit aux Indes. Elle suit également l'enseignement du sage Atmananda (Krishna Menon) au Kérala. Ces maîtres spirituels lui apprennent « l'unité du monde ». Dans son récit autobiographique Croisières et caravanes (1950), Ella écrit : … « J'étais au début d'un voyage tout nouveau qui devait me conduire plus avant vers la vie complète et harmonieuse que je cherchais instinctivement. Pour entreprendre ce voyage, il me fallait apprendre d'abord à connaître les 'terres inconnues' de mon propre esprit. » … « Ce travail est aussi vaste que la vie, car il englobe l'analyse de notre être physique, mental, affectif et spirituel. » 

Elle raconte cette période déterminante de sa vie dans son livre 'Ti-Puss ou l'Inde avec ma chatte (1952), qui est à la fois l'histoire de la chatte bien aimée, 'Ti-Puss, et le récit de sa quête spirituelle aux Indes. Mais aux yeux d'Ella toute recherche spirituelle sincère mérite de l'intérêt, et si c'est l'Orient qui parle à son cœur avec le plus de force, elle n'en revient pas moins fréquemment aux grandes traditions nées dans d'autres régions du monde, aux textes sacrés de toujours : la Bible, le Coran, porteurs, pour qui sait les lire, d'une même sagesse. 

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1951 - 1987

Dès 1951, elle repart pour le Népal qui vient d'ouvrir ses frontières et écrit Au pays des Sherpas. Pendant trente ans (1957-87), elle organise des voyages culturels, entraînant de petits groupes de touristes dans de nombreux pays d'Asie, partout où, avec elle, on peut encore faire des découvertes. A ceux qui l'accompagnent, elle dit volontiers : « Posez-vous inlassablement la question 'Qui suis-je' ? Et, par ce rappel constant, vous saurez que vous êtes la lumière de la perception. »

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1989 - 1997

Le Musée de l'Elysée à Lausanne, auquel Ella Maillart a confié ses négatifs, organise une première exposition rétrospective de ses photographies. L'exposition sera montrée dans de nombreuses villes en Europe. Un nouveau livre, La Vie immédiate (1991), réunit quelque 200 photographies qui témoignent souvent d'un monde disparu et apportent, tout comme ses récits et ses films, une contribution non négligeable à la connaissance de l'histoire de notre temps. Les dernières décennies de sa vie seront marquées par sa préoccupation face aux nombreux enjeux écologiques et à l'avenir de cette planète qu'elle admirait si profondément. Ella Maillart s'est éteinte à Chandolin le 27 mars 1997. 

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Distinctions:

Prix de la Fondation Schiller, Suisse (1953)

Sir Percy Sykes Memorial Medal de la Royal Society for Asian Affairs, Londres (1955)

Prix quadriennal de la Ville de Genève (1987)

Prix littéraire Alexandra David Neel (1989)

Grand Prix du Livre maritime, Festival de Concarneau (1991)

Prix et médaille Léon Dewez de la Société de Géographie de Paris (1994)